Détachement · 3 min
Avoir besoin ou préférer : le détachement dans le couple selon Walter Riso
Se détacher, ce n’est ni aimer moins ni devenir froid. C’est choisir quelqu’un sans que ton bien-être dépende entièrement de cette personne. Une idée de Walter Riso, appliquée aux premiers rendez-vous.
· This is my message
Le mot détachement évoque la distance, le refus de s’impliquer. Le psychologue Walter Riso, dans Desapegarse sin anestesia (« Se détacher sans anesthésie »), défend l’inverse : la personne détachée se soucie de l’autre, s’engage et prend soin, mais elle le fait sans angoisse et sans se perdre elle-même.
Avoir besoin ou préférer
Tout repose sur une distinction simple. Avoir besoin de quelqu’un, c’est sentir que sans cette personne tu ne peux pas aller bien. La préférer, c’est l’avoir choisie parmi d’autres possibles et se réjouir qu’elle soit là. Riso le résume ainsi : « Avoir besoin de quelque chose ou de quelqu’un, c’est ne pas pouvoir vivre sans. » Le premier attache ; le second laisse les deux libres.
Si je le perds, j’aurai mal, mais je continuerai. Ce n’est pas de la froideur : c’est garder les pieds ancrés dans ta propre vie.
Le détachement n’est pas l’indifférence
C’est le grand malentendu. Aimer sans attachement, ce n’est pas aimer moins. C’est aimer sans posséder, sans s’humilier pour garder quelqu’un à ses côtés et sans rester là où l’on n’est pas aimé ou là où l’on souffre. Ce n’est pas non plus la même chose que le style évitant dont parlent Levine et Heller : celui qui évite se protège de la proximité ; celui qui se détache au sens de Riso s’approche sans s’agripper.
Et ça ne veut pas dire n’avoir besoin de personne. La recherche sur l’attachement montre que s’appuyer sur un partenaire qui répond présent nous rend plus autonomes, pas moins : c’est ce qu’on appelle le paradoxe de la dépendance (Feeney, 2007). Ce que propose Riso, ce n’est pas d’arrêter de s’appuyer sur l’autre, mais que ta valeur et ta tranquillité ne dépendent pas d’une seule personne.
Trois questions avant d’écrire à quelqu’un
- Est-ce que je lui écris parce que j’en ai envie ou parce que j’ai besoin d’un signe pour être tranquille ?
- Si l’autre ne répond pas aujourd’hui, ma journée reste-t-elle la même ?
- Est-ce que je cherche quelqu’un qui me complète ou quelqu’un qui comble un vide ? Riso propose de travailler sur ses propres manques plutôt que de chercher quelqu’un pour les combler.
À quoi ça ressemble dans une première conversation
- Avec attachement : tu ajustes tes réponses pour plaire, tu caches ce qui, d’après toi, ne collera pas, et tu vis chaque silence comme un verdict.
- Avec préférence : tu racontes qui tu es, tu poses des questions par curiosité et, si ça n’accroche pas, tu le regrettes sans avoir l’impression d’avoir échoué.
C’est pour ça qu’il est logique de rencontrer quelqu’un pour sa façon de penser : si tu réponds sincèrement à 50 questions, les personnes avec qui tu accroches te préfèrent pour qui tu es, pas pour qui tu as essayé de paraître.
Il ne s’agit pas d’arrêter de désirer. Désirer, c’est humain. L’attachement commence quand tu ne peux pas renoncer à quelque chose même quand ça te fait du mal. Si tu sens qu’une relation te consume, en parler à un ou une psychologue est un bon premier pas.